Comment je travaille avec un éditeur ?

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A force de rencontre de personnes dans le milieu de l'édition et plus particulièrement de ce que je nommerai le "microcosme de l'Imaginaire", il m'est plusieurs fois arrivé de devoir expliquer mon mode de fonctionnement. Cela avec des jeunes et/ou petites structures éditoriales, ou des personnes plus qualifiées, ou encore des personnes à qui on refile le fait de faire le lien avec l'illustrateur et qui découvrent le métier sur le tas.
Alors ce petit billet du soir n'a aucune prétention, et n'a aucune valeur universelle (je pense à mes confrères illustrateurs). Ici je parle de mon fonctionnement. Nous passerons la commande, le côté relationnel et financier qui somme toute a aussi son importance dans le travail. On ne parlera pas non plus de la motivation plus ou moins grande à réaliser une couverture en rapport au relationnel ou au sujet. Mais, afin d'être un peu plus concret, je prendrai un cas ou j'ai bien aimé travailler, où tout s'est bien passé et où je suis content du résultat final (même si le définitif n'est pas encore là : la version papier).

Nous voici donc sur un projet important : la couverture pour Les derniers jours d'Edgar Poe. Cela faisait longtemps qu'un sujet comme ça n'était pas arrivé dans mon escarcelle d'illustrateur et j'en remercie encore Lucie pour cela. Oui Lucie, Lucie Chenu voyons, la personne en charge de la collection Imaginaires chez Glyphe. Après définition du sujet, et un peu de discussion, dont notamment mon mode de fonctionnement, je me retrouve avec les contraintes éditoriales : gamme de couleur, sujet et format. Au début il fallait Edgar en couverture. A partir de là, dans un projet comme celui-ci, je prends un peu de temps pour respirer, et plouf je me plonge dedans. Déjà, la première étape c'est la recherche iconographique. Un travail aussi captivant que les recherches faites pour la création d'un jeu de rôles. On voit ce qui  été fait et ce qui n'a pas été fait. Partant de là je me rends compte qu'on a pas mal de portraits photos de l'artiste, et une grande statue. L'axe d'avoir Edgar en couverture se monte donc de lui même en reprenant le style vestimentaire qu'il a sur sa statue car le plus représentatif selon moi de son époque. Bien qu'on imagine que le personnage devait rarement porter des vêtement aussi chics, on se prend à rêvasser sur les courbes oniriques du Romantisme....


Mais bon sinon de retour à la réalité on reprend ses petites obligations et on n'oubliera pas de marquer son visage par l'âge (entre autres) et notamment ses superbes cernes ! Mais dans mes recherches j'ai surtout trouvé que EAP (Edgar Allan Poe) avait eu un relationnel très conflictuel avec son beau-père (il me semble), et une grande affection pour sa mère et un grand amour pour Sarah Elmira. Or, ce qui marque la plume de Poe, c'est son vécu (comme chaque auteur vous me direz) mais quand on regarde le fil de sa vie on se rend compte que les cadavres sont nombreux et surtout de mort précoce notamment pour cause de maladie. Du coup, il fallait intégrer un peu de cela. D'ou l'idée d'ajouter des tableaux sur la couverture presque terminée.
Enfin donc, maintenant que vous savez qu'illustrateur est un métier aussi cérébral que manuel, il faut passer au concret. Et dans le concret je propose en général deux ou trois rough-couvertures différents pour laisser le choix à l'éditeur. En l'occurence principalement, à Lucie (qui fait ensuite valider derrière elle) mais en tout cas, un seul référent qui dit OK. A partir d'un choix je pousse la couverture plus avant, et la redonne à Lucie pour quelle voit a quoi cela ressemblera et donne son ok définitif.
Voici les rough proposés :

Au final, pour la petite histoire, vous vous rendrez compte que la couverture à totalement changé. POurquoi, pour des besoins éditoriaux. Au final on se retrouve avec une couverture plus mystérieuse et avec un bon impact visuel, qui j'espère aura de quoi titiller l'oeil des gens en librairie et dans les salons. Voici en gros comment ca se passe. En résumé donc : sujet, recherches, plusieurs rough de proposition, un choisi et poussé plus avant, un choix définitif, et une publication. Vous aurez tout loisir d'acheter l'antho en novembre pour les 160 ans de la mort d'Edgar :)

Je peux répondre à d'autre questions sur le sujet si vous avez besoin, ou que je clarifie si c'est pas clair :)
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Publié dans fablyrr

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Commenter cet article
L
Les 160 ans de sa mort et surtout le bicentenaire de sa naissance La couverture finale est superbe, même si j'aimais aussi l'autre projet. Mais c'est vrai, que la création, c'est un vrai roman !
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<br /> yep mais la mort a plus d'importance dans sa vie alors...vivement la sortie et un nouveau beau succès pour ta collection <br /> <br /> <br />
C
Ton corbeau est effectivement mystérieux et plus loin des sentiers battus, peut-être, que le portrait (que j'aime bien aussi)
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<br /> yep ces différences c'est aussi ce qui est passionnant dans ce métier<br /> <br /> <br />