Pillons, violons…avec le sourire

Publié le par Fablyrr

 

C’est dimanche, il fait presque beau. Dans quelques minutes je m’en vais déjeuner avec une auteure et une dessinatrice. En quelques sortes c’est banal. Mais ça pourrait devenir historique. En effet, je commence à ne plus compter qui jette l’éponge en illustration pour pouvoir vivre décemment (je ne parle même pas de vivre bien). Je me demande si je dois continuer à compter ceux qui abandonnent la bande dessinées depuis quelques semaines à cause des nouvelles taxes et de la folie financière qui écrasent auteurs et illustrateurs ?

Rassurez-vous, ça ne sera pas un billet plaintif. Non, ici j’espère simplement expliquer l’importance du droit d’auteur, du droit moral et du système français, village gaulois planté à l’extrémité d’une Europe qui la compresse avec son copyright.

 

Hier, j’ai eu une discussion animée avec un ami qui m’a signifié que son tatouage va faire plaisir à l’illustratrice qui l’a créée l’image… pour une couverture de livre. J’ai vainement tenté de lui expliquer l’importance du droit moral, de la propriété intellectuelle et que même si en général les illustrateurs sont content de voir qu’on se colle leur dessin sur la peau, la moindre des choses, c’est de leur demander l’autorisation. Car oui, c’est une exploitation d’image comme sur un autre support. Il n’est pas d’accord avec moi, me parle de création, car la peau c’est vraiment spécifique,  qu’il y a un vrai travail d’artiste, que la majorité des tatoueurs reprennent des images créées ici ou là.

Je trouve ça triste.

 

Ah, attendez, on me dit dans l’oreillette que si je publie ici, ça me fera de la pub. Oui, un petit écho de mon passé naïf où l’on m’expliquait que je ne serai pas beaucoup payé mais que j’aurai une bonne visibilité. J’ai signé, je m’en mords encore les doigts dans la mesure où le défunt Gérard de Villiers (que je ne pleurs pas), me doit encore  1 500 euros… Tant pis, je vais faire un tour chez le boulanger, je lui prendrai une baguette sans le payer et je lui dirai qu’il ne s’en fasse pas, car j’en parlerai dans tout le quartier : ça sera bon pour sa notoriété et ses ventes. Bien sûr que si il va me laisser faire ! Il fait ça aussi pour le plaisir. Comment ça, non ? Attendez, boulanger c’est un peu une vocation tout de même, on ne s’y retrouve pas par hasard, c’est un choix de vie, pas facile de plus… Ça me fait penser à d’autres métiers….

 

Mais reprenons le sujet principal : piller les images d’un artiste et violer son droit moral. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Et pour l’exemple du tatoueur, je suis triste car j’imagine bien que c’est de plus en plus facile de trouver des visuels à copier de nos jours. Mais comme d’autres métiers, les tatoueurs se plaignent de la multiplication des salons de tatouages, alors que si ces même artistes ne pillaient pas le web ou autre, ils se cantonneraient à de la véritable création. Ce n’est pas une attaque contre le métier, que je respecte, c’est une vérité. Si je venais à me faire tatouer un jour, j’ai déjà repéré des tatoueurs avec leur style, leur originalité, leur talent.

Pour le parallélisme, on retrouve les mêmes discours dans nos métiers. Oui, ce métier que l’on aime, ce métier qui n’est pas « dessiner des mickey, en se droguant et travaillant trois heures par jours ». Pour le cliché de l’artiste, merci, il y a la potence. Non, on se lève parfois à cinq heure du matin pour se rendre à un salon et rencontrer son public, on se couche à pas d’heure pour respecter une date de rendu, et on travail tous les jours pour donner le meilleur de soit dans ce que l’on crée (ce qui vaut pour le dessin le vaut aussi pour l’écriture. Oui, on a choisi de le faire, mais le boulanger aussi non ?

 

Donc prendre des images créées, c’est aller à l’encontre du droit d’auteur. Larcenet, vient de fermer son site internet. C’est triste : on ne peut plus profiter de ses images, ses croquis et recherches, ses petits mots qui font le plaisir et partage d’Internet. Il a fermé car il en avait marre qu’on utilise ses images sans autorisation. Du coup, tout le monde est déçu. Et encore, Larcenet peut se permettre (en tout cas j’espère pour lui) de vivre sans vitrine sur le web pour sa promo et dénicher des contrats. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Mais je vous rassure, le vole n’est pas propre aux personnes ne en dehors de nos métiers. Il y a longtemps, je me suis fait plagier une illustration par un éditeur et j’ai pu voir des images « très inspirées » d’autres illustrateurs dans certains artbooks.

Un exemple parmi tant d’autres par là : PLAGIATART

 

Avec ça, on fait quoi maintenant. On attend qu’auteurs et illustrateurs crèvent la bouche ouverte ? Vous n’aimez pas trouver un bon roman avec sa belle couverture, un bonne BD bien dessinée ? Si. Moi aussi. Moi aussi je suis fan de certains talents. Mon fond d’écran est celui qu’un dessinateur à mis à disposition, quand j’achète un t-shirt de Mignola, j’achète l’original car je respecte l’artiste. Est-ce si compliqué comme logique ?

 

Donc le droit d’auteur c’est respecter l’artiste, sont travail et savoir que toute exploitation de celui-ci est un petit plus qui peu le faire vivre. Je ne parle même pas de la solidarité et l’humanisme qui me sont chers, je parle de lui donner la possibilité de continuer à créer. De la possibilité pour vous, égoïstement, d’avoir accès à de nouvelles créations. Alors ouvrez les yeux, Mon combat ordinaire comme dirait certain, c’est aussi de défendre mon travail car je l’aime (comme vous j’espère), car je veux continuer à le faire (comme vous j’espère), donc oubliez la fausse excuse de dire que ce que l’on met sur internet vous pouvez le piller, et si vous êtes artistes, inspirez vous, puiser partout, mais pour votre propre style !

 

Publié dans fablyrr

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Lace' 02/06/2014 17:50


L'oeuvre, oui, je comprends bien. Mon esprit a fait un mélange hasardeux, que je regrette et reconnait volontiers.


Néanmoins, hein, ma peau, la Loi - Ma Peau, Ma Loi, Mon Encre

Fablyrr 02/06/2014 18:02







Lace' 02/06/2014 17:39


Merci itou.


Pour faire écho à cette discussion et à la réflexion qui a suivi (ouais, bon, ça devrait être dans l'autre sens pour que ce soiut constructif), voilà ce qui m'a interpellé : demander
l'autorisation de disposer de sa propre peau. Ce qui peut être dérangeant. On y met ce qu'on veut, non ?


Bah non. Il est normal de demander avant. Obligatoire, même. Après quoi, une fois les encres posées, elle est la peau, donc inaléniable.


Voilà où j'ai glissé...


... Jusqu'à avoir tort. Non, la tentative n'était donc pas vaine

Fablyrr 02/06/2014 17:42



C'est en effet ta peau (même si il me semble qu'en regardant la loi ton corps ne t'apartient pas légalement, je crois), mais autant que tu disposes de ton corps, autant que le créateur dispose de
son oeuvre



Charlotte 01/06/2014 17:05


Merci pour cet article, Fabien.